LIGNE



Drapée d’un linge immaculé, Annabelle Playe dessine ses courbes sculpturales. Dans la salle, la lumière ambrée pigmente le mystère tout en baignant l’atmosphère de nuances éruptives. Puis, pas à pas, geste à geste, la comédienne se délivre de son cocon, tel le papillon échappé de sa chrysalide.

Témoin de cette naissance accouchée dans la matrice d’un théâtre battant de vives pulsations, le spectateur assiste à l’éclosion de la femme.

Surgit de la terre nourricière et de son étreinte minérale et charnelle, Annabelle Playe convie les origines du monde, les mémoires de ses ancêtres, celles de l’humanité toute entière.

La messagère au regard étincelant d’émeraude souffle l’énigme de la vie jusqu’aux portes de la mort et de l’éternité. Et, lorsque la voix poétique de la prophétie s’épuise, la musique prend alors la parole. Les yeux clos dans l’obscurité, l’auditoire assailli de sons et de vibrations acoustiques reçoit la trame d’un univers semblant se bâtir devant ses paupières.

C’est alors qu’Annabelle Playe réapparaît. Assise sous le halo d’une lumière bleutée aux effluves chirurgicales, c’est la femme mortelle et citadine qui fait face au public. A la force de son verbe charnel et lyrique, Annabelle Playe emporte le cœur. Tel l’archéologue, l’interprète déterre les squelettes enfouis, tripote la chair, la modèle, la détaille, la dépèce pour en faire surgir l’essence. Chaque parcelle de peau livre alors son témoignage. La bouche condamne le crime, la morsure de la dent brancit sa barbarie, la caresse trahit la volupté de l’intimité.

Déchirer la peau pour révéler l’âme

Magistrale, Annabelle Playe déchire la peau pour en révéler l’âme. Elle ouvre le barrage tumultueux de cette terre de contraste qu’incarne l’existence, libérant le torrent du bien et du mal, la lutte du jour et de la nuit, le magma de l’amour et de la haine.

Le chant final de « Ligne » est l’ultime don de cette artiste d’exception. A la virtuosité de ses mots, de sa voix et de sa musique, Annabelle Playe submerge les rivages de nos émotions…

Carole EON-GROSLIER LA MONTAGNE CLERMONT-METROPOLE Jeudi 9 février 2012

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