FORME AUDIOVISUELLE
ESTELLE SPOHR | CONCEPTION, COMPOSITION, ÉLECTRONIQUE
HUGO ARCIER | VIDÉO EN IMAGES DE SYNTHÈSE 3D AUDIORÉACTIVES
SIGNAL//0110 sera une performance audiovisuelle, musicale et scénique qui explore les esthétiques du glitch, en tant que langage critique du numérique et matière poétique d’altération. Cette création audiovisuelle témoignera d’une réflexion sur la perte de lisibilité du numérique, d’une tension entre contrôle et dérive.
Le projet sonde notre rapport au numérique, non dans sa puissance, mais dans sa faille — là où se loge notre propre vulnérabilité. Car dans un monde où le système fait foi, sa moindre défaillance nous laisse soudain désarmés, réduits au silence par l’outil qui ne répond plus. Le glitch dépasse le statut d’erreur numérique, il devient alors un langage à part entière, chargé d’une force poétique et politique : entendu non seulement comme erreur technique ou dysfonctionnement numérique, mais aussi comme langage sensible, signe de rupture, révélant la fragilité du signal.
SIGNAL//0110 trouve un ancrage conceptuel dans "L’Éloge du bug" de Marcello Vitali-Rosati, qui pense le bug non comme un dysfonctionnement à corriger mais comme phénomène ontologique et politique. Le bug ne vient pas de l’extérieur du système : il est une manifestation interne, une production du système lui-même, une bifurcation qui ouvre des possibles.
"Le bug ne révèle pas une imperfection d’un système parfait : il est une trace de son fonctionnement. Il est un moment de vérité."
Marcello Vitali-Rosati, L’Éloge du bug
Le dispositif de cette performance appuiera cette vision : en rendant visible l’erreur, elle révèle la réalité du système numérique. Le glitch traverse le son, la matière, la lumière et le corps, devenant ainsi un acte de résistance, une esthétique du trouble, un langage subjectif dans un monde de normes algorithmiques. C’est à la fois une faille technique et une faille politique, une ouverture vers une pensée critique du numérique qui remet en question l’illusion de la fluidité, de la transparence et de la neutralité technologique.
Pour ce projet, la collaboration avec Hugo Arcier, artiste numérique, visuel et 3D, inscrit la pièce dans une pensée plastique du bug. Les formes 3D animées qu’il génère à partir du signal sonore prennent forme sur les écrans, créant ainsi un glitch visuel.